Vie musulmane en Suisse – Profils identitaires, demandes et perceptions des musulmans en Suisse

Communiqués, CFM, 27.10.2005

Qui sont-ils, les musulmans vivant en Suisse? Que pensent-ils d'eux-mêmes et de la Suisse ? Comment se perçoivent-ils en tant que citoyens? Comment se situent-ils face à l'Etat laïque et aux valeurs fondamentales de notre démocratie?

C'est en posant ces questions ou des questions analogues qu'une équipe de chercheurs mandatée par la Commission fédérale des étrangers CFE s'est adressée à des musulmans, hommes et femmes. Le constat général est clair. Comme celles et ceux qui appartiennent à d'autres communautés religieuses, les musulmanes et les musulmans de Suisse ont un profil très hétérogène. Comme la plupart des personnes de confession chrétienne ou autre, la grande majorité des membres de la communauté musulmane est sensible à la laïcité de l'Etat. Les musulmans se perçoivent comme des citoyens de ce pays, travaillent dans les professions les plus diverses, sont issus de traditions culturelles et de nations variées et appartiennent à des couches sociales différentes. Leur foi revêt différentes formes et les pratiques religieuses qui y sont liées présentent, elles aussi, une grande diversité. Plus de quatre-vingt pour cent des musulmans vivent leur religion d'une manière plutôt pragmatique et sans contradictions avec les us, les coutumes ou les normes de notre propre société civile.

Ce pragmatisme est particulièrement caractéristique de l'histoire de l'immigration musulmane en Suisse. Il y a à peine deux générations, les musulmans sont arrivés en Suisse comme «travailleurs immigrés», provenant de Turquie et de ce qui était alors la Yougoslavie . A l'époque, personne ne relevait qu'ils étaient membres de la communauté musulmane ou n'attachait d'importance au fait qu'ils pratiquaient ou non leur religion. Ce qui importait alors, c'était de disposer d'une main-d'ouvre qui veuille travailler dans des métiers délaissés par les autochtones. Ces nouveaux «travailleurs immigrés» furent rapidement appréciés partout. On les estimait, car ils étaient durs à la tâche, tranquilles et modestes. Aujourd'hui, on découvre avec étonnement que la proportion de musulmans dans notre société civile suisse a beaucoup augmenté. Pourtant, les plus de 300'000 personnes se réclamant de cette religion font bel et bien partie de la réalité sociale, économique et culturelle de notre pays.

L'étude donne un aperçu de cette réalité. Cet instantané sur la présence en Suisse des musulmans montre de façon claire que les clichés et les opinions répandus dans le public sur l'islam ne correspondent pas à la réalité. Ainsi, il n'y a pas un islam, pas plus qu'il n'y a les musulmans ou la communauté religieuse islamique. Il s'agit, à l'avenir, de ne voir l'appartenance à l'islam que comme un des aspects de la vie d'une personne qui peut, pour elle, se situer au premier ou au second plan.

Les possibilités d'un rapprochement entre les communautés musulmanes et les autres composantes de la société suisse esquissées dans l'étude, méritent réflexions. Abaisser les barrières, vivre dans le respect et la compréhension réciproques, aura pour conséquence qu'au-delà de l'appartenance ou de la non-appartenance religieuse, on se rencontrera et on se considérera en tant qu'habitants d'un même pays, d'un même ensemble, en étant sensibles aux mêmes valeurs fondamentales. C'est la condition nécessaire à la construction d'un avenir commun.

vers le haut Dernière modification 27.10.2005