Les enjeux identitaires d'aujourd'hui

La Suisse se comprend comme une «Willensnation» (nation issue d'une volonté politique commune). Jeudi, à l'occasion de la Journée nationale de la Commission fédérale pour les questions de migration, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a lancé un appel à l'instauration d’une Suisse en tant que « Willensgemeinschaft » (communauté issue d'une volonté politique commune). Une communauté qui se fonde sur les valeurs de la Constitution fédérale: «L'Etat de droit, la démocratie et les droits fondamentaux constituent le noyau intrinsèque et intangible sur lequel notre pays se fonde. Ce qui constitue l'identité suisse au-delà de ces valeurs et ce qui doit relever de cette «Willensgemeinschaft», telle que nous nous l'imaginons reste à élucider.»

L'allocution de la cheffe du Département de justice et police a ouvert la Journée nationale de la Commission fédérale pour les questions de migration CFM consacrée aux enjeux identitaires. Eveline Widmer-Schlumpf a mis l'accent sur le fait que la Suisse, qui était un pays d'immigration quadrilingue est devenue un pays plurilingue. Et ainsi, comme les Suisses et Suissesses ont dû trouver une identité suisse au cours d'un long processus après 1848, il s'agit maintenant de trouver la «voie vers une cohabitation paisible» entre tous les habitants de notre pays. Dans son exposé, Jürgen Nowak, de l'Institut européen du travail social à Berlin, a déclaré que l'Allemagne avait fait une erreur en niant jusqu'en 1998 être un pays d'immigration. Bien que la science ait déjà bien auparavant mis en évidence les répercussions et les problèmes engendrés par une telle attitude, cette erreur n'a été corrigée que très tardivement. Jürgen Nowak voit les débats actuels de la «deutsche Leitkultur» (culture de référence) d'un œil sceptique et les considère comme peu utiles. Les sociétés parallèles sont au premier chef de nature sociale et non ethnique.

En France, la création d'un «Ministère de l'immigration et de l'identité nationale» a suscité des débats aussi ardents que persistants. Serge Slama, de l'Université Evry Val-d'Essone, a cité en particulier, parmi les raisons des violentes protestations qui ont suivi, la crainte d'alimenter les idéologies nationalistes et la xénophobie. L'exposé de Hans-Rudolf Wicker, de l'Université de Berne, a mis en lumière la construction d'identités collectives. A son sens, ce qui fonctionne dans de petites communautés ne réussit pas forcément dans les grandes structures étatiques. Si l'on créait des identités pour des nations, il s'agirait de «communautés imaginaires» qui incluraient ou excluraient forcément des individus et des groupes. Hans-Rudolf Wicker préconise de garder un regard critique face à de telles tentatives d'élaborer des identités collectives.

La Journée nationale de la CFM à Berne, qui a réuni quelque 180 personnes, a aussi informé l'auditoire des débats et des perspectives d'actualité en Suisse. Les chercheurs ont présenté leurs travaux dans le cadre d'un projet de recherche – commis par la CFM – sur le discours politique dans le contexte de la votation sur l'initiative populaire relative à la naturalisation. Dans leur analyse du discours politique, les chercheurs relèvent que les auteurs de l'initiative avaient réussi à créer, en plus des catégories «Suisses» et «étrangers» une troisième catégorie, celle des «naturalisés» et l'ancrer dans les débats. Une équipe de l'Université de Lausanne s'est penchée, quant à elle, sur les divers rôles que jouent les associations de migrants et dont il ne fait nul doute qu'ils agissent sur la constitution d'identités. Dans le cadre de cette Journée nationale, des initiatives incitant à l'édification identitaire ont été discutées. Le Cortège d'été GloBâle, où divers groupes ethniques vivant dans le Kleinbasel se présentaient à travers la musique et la danse, n'a pas réussi à devenir une tradition. En effet, le concept du carnaval d'été, inspiré par ce qui se fait à Londres, n'a pas réussi à s'imposer. Chaque communauté doit créer son propre concept et son modèle en partant des besoins et des possibilités des participants. On ne peut imposer une identité collective ni d'en haut ni de l'extérieur.

Dernière modification 07.11.2008

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